Jane Eyre de Charlotte Bronte

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Année de publication originale : 1847
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Littérature anglaise
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Édition : Hauteville
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Traductrice : Noëmi Lesbazeilles-Souvestre
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Année de publication de la présente traduction : 2022
J’ai lu pour la première fois ce grand classique de la littérature anglaise du XIXe siècle quand j’étais adolescente. Je me rappelle l’avoir beaucoup aimé, même si je n’en ai gardé peu de détails, à part la relation passionnelle de M. Rochester et Jane.
Je m’y suis replongé avec plaisir pour voir si mon regard d’adulte en changeait ma lecture et si je comprenais des choses qui m’avaient échappé à l’époque.
Tout d’abord, je me suis demandé si Charlotte Bronte n’avait pas représenté des personnages neuroatypiques, notamment Jane elle-même, Helen Burns, sa meilleure amie, à la pension, ou encore Eliza, sa cousine. J’ai reconnu des comportements, des paroles et des gestes dans ces personnages qui m’y ont fait pensé. 😀
L’autrice crée une galerie de nombreux personnages attachants, détestables ou les deux, selon les moments. C’est un nuancier de noir, de blanc et de gris qui se développent à travers le roman. J’ai eu l’impression qu’il y avait plus de personnages féminins positifs que masculins. ;D
M. Rochester est un personnage très complexe, avec une grande part d’obscurité, de violence en lui, mais aussi beaucoup de traits agréables, notamment dans sa manière de traiter Jane. Cependant, on ne peut que condamner ses choix vis-à-vis de Jane Eyre. Sa quête du bonheur est finalement égoïste. D’un autre côté, son récit sous-entend des maltraitances subies par sa femme, dans un mariage qu’il n’a pas choisi. C’est un personnage aigri, taciturne, égoïste parfois, dans une fuite en avant, à la recherche d’un bonheur inaccessible. Mais c’est aussi quelqu’un qui prend ses responsabilités. Leurs retrouvailles à la fin sont touchantes, évidentes même. Malgré ses imperfections, j’ai beaucoup apprécié M. Rochester.
Un autre personnage masculin m’a déplu, malgré le regard très nuancé de la narratrice sur lui : le pasteur Saint-John. Elle encense sa bonté et son engagement à une cause plus grande que lui. Pourtant, j’ai senti en lui un fanatique autoritaire.
J’ai l’impression que les réactions des ces deux hommes sont tellement passionnelles qu’elles peuvent mener à une certaine violence. C’est une écriture qui me semble très courante dans les romans du XIXe siècle.
Les personnages féminins sont nombreux et variées. On sent une critique des femmes maniérées et fausses de la haute société pour lesquelles les apparences et la fortune sont plus importantes que les vertus et les principes moraux. Tout le contraire de Jane, qui malgré ses épreuves, son amour pour M. Rochester, son attachement à Saint-John, conservera son exigence morale et ne cherchera aucun compromis. Cette jeune fille éprise de liberté, est capable d’une très grande introspection morale, pesant le pour et le contre, réfléchissant au meilleur choix. Elle prend aussi grand soin des autres et est farouchement rebelle face à tout acte d’injustice.
Les dialogues entre M. Rochester et elle sont très savoureux. Dans ces moments, malgré leur différence de statut, ils sont égaux. Leurs réparties s’enchainent et elle ne lâche aucun terrain, parvenant à manipuler M. Rochester pour tempérer ses passions. C’est un personnage féminin fort, qui assume son amour pour M. Rochester, faisant fi de leur différence d’âge, en toute connaissance de cause. Je trouve leur relation équilibrée.
Quant au traitement de la folie de la femme de M. Rochester, j’avoue que je n’y ai pas trouvé beaucoup de nuances. Ce n’est pas un sujet que je maitrise bien, mais j’ai eu l’impression d’une vision caricaturale. Peut-être est-ce une représentation réaliste de la manière dont on traitait les maladies mentales à l’époque.
Les différentes péripéties ont une dimension romanesque, qui frise parfois les facilités scénaristiques (de mon point de vue), mais cela ne m’a absolument pas dérangée. Cela donne beaucoup de charme au roman et permet un dénouement très positif pour beaucoup de personnages.
En conclusion, j’ai dévoré ce roman en quelques jours. J’en ai affiné ma lecture, mais je reste sur l’impression globale que c’est un excellent récit, très fort dans sa représentation de femmes fortes et d’hommes imparfaits, mais qui peuvent obtenir une rédemption.