Seuils et portes en fantasy
En fantasy, de nombreux romans impliquent deux mondes : le plus souvent, notre monde (ou qui ressemble au notre), et un ou plusieurs mondes secondaire. On parle parfois de portal fantasy, pour ce sous-genre.
Le héros/l’héroïne passe d’un monde réel (monde primaire) à un monde secondaire, dans lequel les lois sont différentes : souvent un monde où la magie règne. Les seuils et les portes ont donc un rôle important dans ces récits. Ils sont de différents types.
Si nous remontons aux origines antiques, dans les épopées, l’entrée des Enfers était souvent située dans une grotte.
Ce devoir accompli, il se présente à l’entrée d’une caverne profonde où l’attend la Sibylle. S’y ouvre un gouffre horrible d’où s’exhalent d’impures vapeurs. Toute la nuit, il prie et fait les offrandes rituelles aux dieux infernaux. Puis, aux premiers rayons du soleil, le sol mugit sous les pieds à l’approche de la déesse.
– Prends ce chemin avec moi et tire ton glaive du fourreau, dit alors la Sibylle à Enée. C’est maintenant qu’il faut du courage !
Sur quoi, elle s’élance dans le gouffre. Le héros, d’un pas assuré, la suit et l’égale en vitesse. Longtemps ils marchent dans l’obscurité à travers les demeures et les tristes royaumes de Pluton.
Douze récit de l’Enéide de Michel Laporte
Au moyen âge, les rivières et les forêts étaient souvent les seuils qui, une fois passés, faisaient entrer le chevalier dans le monde des fées, bien souvent après une épreuve. La forêt mythique de Brocéliande est l’une des plus célèbres.
Voilà ce qui m’arriva, il y a plus de six ans : je cheminais tout seul, à la recherche d’aventures, équipé de toutes mes armes, comme le doit un chevalier. Je trouvai sur ma droite un chemin, qui me conduisait au cœur d’une forêt épaisse : c’était la forêt de Brocéliande. Le sentier était difficile, plein de ronces et d’épines, et je le suivais à grand-peine. Finalement, je sortis de la forêt pour pénétrer dans une lande; là je vis un petit château à une demi-lieue […]
Yvain, le chevalier au lion de Chrétien de Troyes
En dehors des lieux naturels et sauvages, les seuils sont parfois tout simplement une porte qui ouvre, non pas sur une autre pièce, mais sur un autre monde.
Les seuils ont donc des apparences variées, et souvent très ordinaires, mais ils sont empreints de magie : un miroir, une armoire, un tunnel, le quai d’une gare, un mur, un terrier, un livre, une tornade ou une tempête… Vous reconnaissez ces histoires ?
« Oh ! Kitty ! ce serait merveilleux si on pouvait entrer dans la Maison du Miroir ! Faisons semblant de pouvoir y entrer, d’une façon ou d’une autre. Faisons semblant que le verre soit devenu aussi mou que de la gaze pour que nous puissions passer à travers. Mais, ma parole, voilà qu’il se transforme en une sorte de brouillard ! Ça va être assez facile de passer à travers… » Pendant qu’elle disait ces mots, elle se trouvait debout sur le dessus de la cheminée, sans trop savoir comment elle était venue là. Et, en vérité, le verre commençait bel et bien à disparaître, exactement comme une brume d’argent brillante. Un instant plus tard, Alice avait traversé le verre et avait sauté légèrement dans la pièce du miroir.
De l’autre côté du miroir de Lewis Carroll
Alors une chose étrange se produisit.
La maison tourna deux ou trois fois sur elle-même et s’éleva lentement dans les airs. Dorothy eut l’impression de décoller à bord d’une montgolfière. Le vent du nord et le vent du sud se heurtèrent à l’emplacement de la ferme et en firent le centre exact de la tornade. D’ordinaire, l’air est calme dans l’œil du cyclone, mais la pression des vents sur les côtés continua à soulever la maison de plus en plus haut, jusqu’à ce qu’elle atteigne le sommet de la tornade ; perchée tout là-haut, elle fut emportée comme une plume sur des kilomètres et des kilomètres.
Le Magicien d’Oz de Liman Frank Baum
Enfin, certains seuils se trouvent dans les personnages eux-mêmes : l’imagination ou le rêve sont des forces capables de faire entrer le héros /l’héroïne dans un monde secondaire. Je pense à Ewilan de Pierre Bottero. Mais aussi, dans Erèbe de Rozenn Illiano, en rêvant, les héros ont le pouvoir de pénétrer Erèbe, une dimension aux règles très différentes du nôtre. Dans Midnight City et Night Travelers de la même autrice, c’est l’imagination du protagoniste, un auteur, qui crée la Cité de Minuit et tous ses habitants.
Un peu d’analyse
Je trouve que c’est un thème intéressant qui permet d’exprimer de nombreuses idées, dont voici quelques exemples :
• Des grands classiques, peut-être un peu clichés : le héros/l’héroïne sauveur/se du monde magique ou l’enfant perdu et retrouvé …
• Le sentiment d’inadéquation du héros dans le monde réel et son développement dans le secondaire , ses épreuves et ses rencontres lui permettant d’évoluer, de prendre confiance en lui et en ses capacités.
• La confrontation entre deux mondes au fonctionnement et aux valeurs différentes, voire opposées, et ce que chacun d’eux apporte à l’autre, par l’intermédiaire du héros/de l’héroïne.
Finalement, les livres eux-mêmes sont des seuils pour nous, lecteurs : ne nous ouvrent-ils pas les portes de mondes imaginaires, féériques, magiques, effrayants … et ne nous permettent-ils pas d’y entrer ?
Quelques œuvres évoquant des passages vers d’autres monde …
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De l’autre côté du miroir de Lewis Carroll
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Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll
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Le magicien d’Oz de Lyman Frank Baum
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Coraline de Nail Gaiman
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L’histoire sans fin de Michael Ende
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Le monde de Narnia de C.S. Lewis
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La bibliothécaire de Gudule
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La quête d’Ewilan de Pierre Bottero
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L’univers de Rozenn Illiano : Erèbe, Midnight City, Night Travelers, D’Hiver et d’Ombres, la trilogie Marcheurs du rêve