La justice de l’ancillaire, Les chroniques du Radch d’Ann Leckie

AVERTISSEMENT : il est possible que cette chronique contiennent un peu de divulgâchage.
En premier lieu, évoquons l’élément qui peut gêner la lecture. Dans ce roman, la notion de genre est fluide. Pour les Radchaaïs le genre n’a pas d’importance, et l’autrice a choisi de le montrer en utilisant le pronom féminin. Dans la traduction, c’est retranscrit d’une manière que j’ai trouvé étrange au début : des déterminants féminins avec des noms masculins (« la cousin »). Les accords se font en général au féminin, mais parfois on aura du masculin notamment pour le protagoniste. J’avoue que j’ai été décontenancée par ce choix au départ, puis je m’y suis faite. C’est un choix intéressant qui met en avant plutôt les compétences, le caractère, les valeurs ou la fonction des personnages. Emportée par l’histoire, j’ai fini par ne plus remarquer les accords originaux.
C’est un roman de science-fiction, qui se déroule dans un monde inventé. On suit la narratrice dans sa quête de vengeance. Il s’agit de l’intelligence artificielle du vaisseau La justice de Toren, qui a survécu à sa destruction en s’enfuyant dans l’un des corps humains lui servant d’extension, un ancillaire.
Les nombreux retours en arrière qui alternent avec le présent permettent de comprendre sa vie d’avant et d’en apprendre beaucoup sur l’empire du Radch, une société militariste et expansionniste, dirigée par une seule autorité, Anaander Miannaie. Cette société est féodale en un sens, puisque des maisons plus ou moins puissantes la dirigent et un système de clientélisme permet à des familles d’un rang inférieur d’obtenir du soutien. On a des références à d’autres peuples, extérieur à l’empire, mais c’est vraiment un monde humano-centrique. Certains peuples paraissent non humains, mais je n’en suis pas certaine, car ils sont seulement nommés, jamais montrés.
L’intrigue est assez complexe et très politique. Certains passages ont été difficiles à comprendre. Je ne sais pas si c’est dû à la traduction ou bien si c’est ainsi dans la version originale. Ou alors parce qu’il s’agit d’un premier tome et qu’on ne fait qu’effleurer les enjeux. Très peu d’exposition et d’explications sont apportées. On a des bribes de contexte dans les dialogues et dans les réflexions du narrateur. Cela ne m’a pas déplu : je préfère faire des hypothèses et me poser des questions. Cela ne m’a pas empêchée d’apprécier le roman.
J’ai été surprise par l’antagoniste. Il est au cœur de l’empire, et j’ai trouvé que c’était un excellent choix de la part de l’autrice. Je ne peux guère en parler davantage pour ne pas spoiler.
C’est l’idée de vaisseaux conscients grâce à leurs intelligences artificielles et le fait que le protagoniste en soit une qui m’a attiré vers ce livre. Les IA de vaisseaux de guerre sont de vrais personnages dans ce roman. Elles ont une relation forte avec leur équipage, leurs officiers et leur capitaine, et c’est au cœur du récit.
On rencontre aussi beaucoup de personnages attachants tout au long de l’histoire. D’ailleurs, la narratrice tisse – un peu à contrecœur au début – une relation avec une humaine, Seivarden, qui devient de plus en plus profonde, que je trouve très belle. La narratrice, Justice de Toren ou Un esk 19, m’a fascinée : elle est forte, mais aussi vulnérable par moment. J’ai compris assez vite quelle était la motivation de sa vengeance et cela l’a rendu encore plus attachante.
En conclusion, c’est un roman original, avec une ambiance particulière et des personnages et un narrateur attachant. Je pense que c’est une lecture exigeante et qu’il faut s’accrocher au départ si les accords étranges nous gênent. Mais ça en vaut la peine. Je vais de ce pas me plonger dans le tome 2.